Le pouvoir du thé

Le thé est la boisson la plus consommée au monde, après l’eau cela s’entend. Trois milliards de kilos de thé sont produits chaque année pour répondre à ces besoins gigantesques. Parmi les différentes sortes de thé, le vert semble, d’un point de vue pharmacologique, être le plus attrayant, puisqu’il contient des quantités élevées de polyphénols qui lui ont valu d’être étudié sous l’angle de la prévention des maladies cardiovasculaires (MCV) et du cancer. In vitro, le thé vert fait indéniablement preuve d’effets inhibiteurs sur la carcinogenèse, mais de l’éprouvette à la pratique médicale, il y a un précipice que seule la recherche clinique peut permettre de combler. De fait, les études prospectives publiées sur le sujet ont, pour l’instant, abouti, à des résultats quelque peu discordants. 
Une étude de cohorte menée au Japon a inclus 40 530 adultes âgés de 40 à 79 ans, indemnes à l’état basal de toute MCV et de toute affection cancéreuse. Les participants ont été suivis pendant 11 ans au maximum pour ce qui est de la mortalité globale (versus 7 ans, pour ce qui est des décès en rapport avec des causes spécifiques).


Le suivi de 11 ans a porté sur 86,1 % des participants et au cours de cette période, 4 209 sujets sont décédés. En 7 ans (89,6 %), les décès par MCV ont été au nombre de 892 (versus 1 134 décès par cancer). 
La consommation de thé vert a été inversement associée à la mortalité globale (notamment chez la femme, p=0,03) et cardiovasculaire. Chez l’homme, l’analyse multivariée des risques de décès, toutes causes confondues, a mis en évidence une association significative (p=0,03) entre la mortalité globale et le nombre quotidien de tasses de thé (tt/j) : 1) < 1,00 : risque relatif (RR)=1,00 ; 2) 1 à 2 tt/j : RR=0,93 ; 3) 3 à 4 tt/j : RR=0,95 ; 4) ≥ 5 tt/j : RR=0,88. Les chiffres correspondants sont, chez la femme, de 1,00, 0,98, 0,82 et 0,77. 
L’interaction entre consommation de thé et mortalité cardiovasculaire s’est révélée être encore plus forte que la précédente, là aussi tout particulièrement chez la femme (p=0,08), avec des RR corrélés au nombre de tt/j, en l’occurrence et respectivement 1,00, 0,84, 0,69 et 0,69 (p=0,004). Parmi les MCV, ce sont les accidents vasculaires cérébraux qui semblent bénéficier au maximum des effets du thé vert. En revanche, la mortalité par cancer n’a pas été affectée par ce dernier. 
Cette étude de cohorte prospective japonaise est une véritable ode au thé vert qui semble posséder un effet cardio- et vasculoprotecteur, sans doute lié à sa richesse en polyphénols, encore que d’autres facteurs (de confusion, par exemple), au demeurant innombrables, puissent entrer en ligne de compte.
Shinichi Kuriayma et coll. : “Green tea consumption and mortality due to cardiovascular disease cancer, and all causes in Japan.” JAMA 2006; 296: 1255-1265.

Traitements de Substituts Nicotiniques et femmes enceintes

L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a réuni un groupe de travail chargé d’actualiser l’ensemble des données d’utilisation des substituts nicotiniques au cours de la grossesse. Leurs premières conclusions confirment les recommandations émises en 2003 qui préconisent l’utilisation des TSN au cours de la grossesse, en cas d’échec des autres approches. Le point d’étape du groupe de travail et une liste de questions-réponses sont disponibles sur le site de l’Afssaps. 



Le tabagisme a des effets nocifs à la fois pour la femme enceinte et pour le fœtus. Depuis 1997, le recours aux traitements de substitution nicotinique peut être indiqué au cours de la grossesse chez les femmes fumeuses. En effet, l’exposition à la nicotine seule comporte moins de risques pour le fœtus que l’exposition à la fumée de cigarette. Les recommandations émises en 20031 précisent que l’objectif doit tendre vers un arrêt complet du tabac le plus tôt possible, sans recours aux traitements de substitution à la nicotine (TSN). Toutefois, des substituts nicotiniques peuvent être proposés à la femme enceinte en cas d’échec de la thérapie cognitivo-comportementale et de la prise en charge psychologique.
Depuis, les résultats d’une étude
2 en janvier 2006, ont mis en évidence une possible augmentation de risque de malformation du fœtus lors de l’utilisation des substituts nicotiniques au cours du premier trimestre de la grossesse. Cette étude a conduit l’Afssaps à réunir un groupe d’experts afin d’actualiser les données sur l’utilisation des traitements substitutifs de la nicotine (TSN) au cours de la grossesse et de réévaluer, le cas échéant, la balance bénéfice/risque de ces traitements au cours de la grossesse. Après analyse, le groupe de travail ne relève dans l’étude aucun élément solide à l’appui d’une augmentation du risque de malformation lié à l’utilisation des TSN au cours du premier trimestre de la grossesse. En l’état des connaissances, aucun risque de malformation ou de toxicité fœtale ne semble être imputable à l’utilisation des TSN au cours de la grossesse, quelle que soit la forme pharmaceutique considérée (patch, gomme, cartouche pour inhalation buccale…). En conséquence, l’information contenue dans le RCP demeure valide. Le groupe de travail complétera ses travaux en procédant à l’évaluation de données complémentaires de pharmacovigilance.
En complément du point d’information sur l’utilisation des TSN au cours de la grossesse et afin d’informer au mieux les femmes enceintes à ce sujet, un ensemble de «questions/réponses» sont disponibles sur le site internet de l’Afssaps.

[1] Les stratégies thérapeutiques médicamenteuses et non médicamenteuses de l’aide à l’arrêt du tabac – Recommandations de bonnes pratiques – Afssaps – Mai 2003 
[2] Morales-Suares-Varela M, Bille C, Christensen K et Olsen J. « Smoking habits, nicotine use, and congenital malformations ». Obstet Gynecol 2006 ; 107 :51-7.

Lien:
Comuniqué de presse et rappot complet de l'Afsapps du 6 oct. 06